La Tunisie baigne-t-elle dans le pétrole ?

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Notre taux d’indépendance énergétique n’est que de 59 % , nous devons donc importer.

A l’origine d’une flambée de violence dans le sud ouest tunisien , une campagne ‘Winou el Petrol’ a été lancée anonymement sur Facebook le 8 mai 2015. Mais en réalité c’était un slogan électoral, qui a été massivement exploité à des fins purement politiques pour accéder au pouvoir. C’était notamment le cas de la Coalition « Al-Karama », qui avait bâti sa campagne électorale sur «la récupération des richesses nationales spoliées par les compagnies étrangères».

‘Winou El Pétrol’ affirmait à tort, que la Tunisie possèderait des richesses importantes en or noir. Ces gisements importants seraient au mieux inexploitées ou pire pillées par les politiques et les notables.

Concernant la vérité du secteur pétrolier en Tunisie, Charfeddine Yakoubi, chargé de la communication à « l’Association tunisienne des contrôleurs publics » (ATCP), a souligné fin 2018, que les réserves et la capacité de production en pétrole de la Tunisie sont très limitées. Et d’ajouter que la probabilité de trouver du pétrole en Tunisie est faible.

Sachant que le total des réserves probables du pays n’est que de 419 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep). La Tunisie en a jusque-là extrait 187 millions de Tep, et il ne lui reste dans son sous-sol que 241 millions Tep. En tout et pour tout, la Tunisie n’a accordé que 38 permis d’exploration et donné, 53 concessions d’exploitation dont seulement 40 sont en production.

En comparaison l’Arabie Saoudite produit 11 millions b/j , pour la Tunisie 43 milles b/j

Quand à la banque d’affaires sud-africaine, « Rand Merchant Bank » (RMB), prévoit une reprise de la production libyenne qui atteindrait les 1,4 million de b/j en 2023. Quant à l’Égypte 694 milles b/j. Pour l’Algérie 2 millions b/j, et le numéro 1 mondial l’Arabie Saoudite avec 11 millions b/j en 2020. Concernant la Tunisie, classée 15e sur 19 pays, elle assurerait au terme de 2023, une production de 42 mille b/j, pour une consommation de 123 mille b/j.

La Tunisie produit 5,5 millions de tonnes de gaz naturel, et en consomme par le biais de la Steg, plus de 8 millions de tonnes. La différence, puisque la production ne couvre que 47 % des besoins, est importée de l’Algérie. Pour le pétrole, la Tunisie produit 2,5 millions de Tep et en consomme 5,61 millions de Tep. 17 % de la consommation proviennent de la contrebande. En décembre dernier, cette proportion est descendue à 10 %.

L’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap), la compagnie nationale qui s’occupe de l’exploration et de la commercialisation du pétrole et gaz, est particulièrement pointée du doigt. « l’Etap ne peut pas être juge et partie, puisqu’elle est aussi cotitulaire du titre d’hydrocarbure avec la société étrangère. »

Depuis 2018, la Tunisie a lancé les démarches pour intégrer « l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives » (ITIE), qui prône une norme mondiale pour une gestion ouverte et responsable des ressources extractives. Et depuis L’Etap avait commencé à se conformer aux normes internationales, et sur son site officiel la transparence est de mise. Ceci pour la production énergétique quotidienne (pétrole, gaz), les permis de recherches et prospections, les forages, les contrats d’exploitations, et autres données.

À savoir aussi que le secteur de l’énergie en Tunisie comprend l’ensemble de la production, de la transformation, du transit de la consommation d’agents énergétiques dans ce pays. La Tunisie est un producteur de pétrole et de gaz naturel. La production de pétrole commence en 1966, culmine à 118 milles barils/jour en 1980 et s’établit à 42 milles b/j en 2020. Le pays est importateur net à partir de l’an 2000. Le principal gisement du pays est aussi le premier découvert : El Borma, en 1964, à la frontière tuniso-algérienne.

Depuis 2010, la Tunisie a perdu 50% de ses capacités de production en pétrole, passant de 87 milles b/j, à 43 milles en 2020.

Cela est due essentiellement à la baisse des investissements dans cette activité. Qui s’explique souvent, par les changements au niveau des prix sur le marché mondial. Aussi les problématiques de gestion et de contrôle, en plus de la hausse des mouvements sociaux, dans les zones de production, notamment dans le Sud tunisien (El Kamour et autres).

L’unique raffinerie du pays, gérée par la « Société tunisienne des industries de raffinage » (STIR), se trouve à Bizerte. Sa capacité est de 34.000 barils/jour, soit une production très inférieure à la consommation du pays (85 milles b/jour). Qui importe donc des produits raffinés, diesel en tête.

En Tunisie la production pétrole est 43 milles b/j , alors que la consommation 85 milles b/j

Néanmoins, d’après les données optimiste  en avril 2019, du « Ministère de l’Industrie et des PME », la production de pétrole devrait augmenter en 2019 pour atteindre 16,2 millions de barils/an. Il table aussi sur une évolution de la production globale de gaz qui atteindra, au cours de cette année là, 2.100 millions de m3. La production globale du gaz liquéfié devra dépasser 400 milles m3. Ceci avec la rentrée en production du champ gazier de Nawara, Borj El Khadra et Zarat. À suivre donc.

La consommation de gaz naturel est de l’ordre de 6,5 km3, dont plus de la moitié est importé via le « Trans-Mediterranean Pipeline ». L’un des gazoducs qui permettent l’exportation du gaz algérien vers l’Italie, traverse le territoire tunisien. Il fonctionne depuis 1983. 70 % du gaz sert à la production d’électricité.

La quasi-totalité de l’électricité tunisienne (18 TWh) est produite par des centrales thermiques brûlant du gaz naturel, la plus importante se situant à Sousse. L’énergie éolienne est la deuxième source d’électricité du pays ; une capacité de 305 MW a été installée en quelques années.

La société de droit britannique TuNur Ltd défend un projet majeur dans l’énergie solaire, qui consisterait à construire par étapes 4.500 MW de centrales solaires thermodynamiques dans le Sud tunisien, et d’exporter l’électricité vers Malte d’abord, puis l’Italie et finalement la France. Utopique à ce jour.

La quasi-totalité de l’électricité tunisienne (18 TWh), est produite par des centrales thermiques brûlant du gaz naturel

Pour améliorer la gouvernance et autres de nos produits énergétiques, I’ATCP avait  formulé en décembre 2018, une série de recommandations(*), à suivre depuis leurs applications sur terrain  :

  •  Revoir le Code des hydrocarbures, qui n’encourage pas l’investissement dans ce secteur, dominé par des investisseurs de petite taille ou moyenne.
  •  Mise en place d’une stratégie globale qui couvre toutes les ressources énergétiques conventionnelles, et renouvelables. Pour fixer un cadre réglementaire, conforme aux règles de bonne gouvernance, et de transparence et attirer plus d’investissements ;
  • Procéder à un audit complet en matière de gestion, et de renforcement du contrôle parlementaire, sur le secteur des hydrocarbures ;
  • Moderniser et renforcer le rôle de la Direction générale des hydrocarbures, par les ressources humaines et matérielles ;
  • Clarifier les missions de l’Etap, et la restructurer, de façon à élargir davantage son champ d’action vers l’exploitation pétrolière. En tant qu’opérateur économique de premier plan dans ce secteur ;
  • Publication détaillée des chiffres relatifs aux revenus des sociétés pétrolières ;
  • L’obligation de publier les contrats d’hydrocarbures, et les rapports de la commission consultative des hydrocarbures ;
  • Faire face aux conflits d’intérêts ;
  • Adhérer à la convention internationale relative à la transparence des industries extractives ;
  • Le renforcement du rôle de la société civile dans l’amélioration de la gouvernance.

La consommation de gaz naturel est de l’ordre de 6,5 km3, dont plus de la moitié est importé via le « Trans-Mediterranean Pipeline ».

Mais surtout pour répondre aux recommandations contraignantes de la Banque Mondiale. Faut réduire de 30% nos factures énergétiques fossiles d’ici 2030. Et les remplacer par des énergies renouvelables (éoliennes, centrales solaires et autres). Qui respectent l’environnement, et donc la joie de vivre.

Malheureusement suite à l’instabilité politique depuis 10 ans, causé par des gouvernants successifs incompétents et faibles. Et surtout aux violences dans le Sud tunisien.  Récemment certains médias, notamment des sites d’information étrangers spécialisés dans la question énergétique, avaient confirmé en avril 2021. Que les deux principales compagnies pétrolières installées en Tunisie, à savoir ENI et Shell, envisagent de quitter le pays à cause de la dégradation du climat social, et de l’environnement du travail. Info démenti entre temps.

 

(*)  Lien source :  http://atcp.org.tn/wp-content/uploads/2018/12/%D8%AE%D9%81%D8%A7%D9%8A%D8%A7-%D8%B9%D9%82%D9%88%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%AD%D8%B1%D9%88%D9%82%D8%A7%D8%AA.pdf

 

 

2 Commentaires

  1. Un grand merci cher Ami pour ces informations qui prouvent l’incompétence des différents gouvernants qui n ‘ont aucune vision pour l’avenir de notre pays.Le solaire et l’éolien doivent être exploités dans un cadre stratégique

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